La chasse de Bernard Minier

Un thriller prometteur qui s’enlise dans un discours répétitif.

⭐️⭐️ 

Je n’ai pas du tout apprécié la lecture de ce roman de Bernard Minier, que j’attendais pourtant avec impatience en tant qu’amatrice de thrillers sombres et sanglants. Dès les premières pages, tout laissait penser que j’allais être happée par une intrigue intense et dérangeante, comme je les aime. Les premières lignes étaient accrocheuses, efficaces, et donnaient l’impression d’entrer dans un récit tendu, mystérieux, avec une atmosphère lourde et prometteuse. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai acheté ce livre : cette sensation immédiate que l’histoire allait me captiver. Malheureusement, cette impression n’a pas duré, et le roman a rapidement pris une direction qui m’a laissée à la fois frustrée et désintéressée.

Très vite, le récit s’éloigne du thriller que j’espérais pour s’orienter vers quelque chose de beaucoup plus politique, presque militant par moments. L’auteur aborde de nombreux thèmes à travers son histoire — la justice, la police, les dérives idéologiques, les tensions sociales — mais au lieu d’enrichir le récit, cette accumulation finit par le déséquilibrer. J’ai eu la sensation qu’il cherchait à trop en dire, à traiter trop de sujets à la fois, au point de perdre en clarté et en efficacité narrative. En tant que lectrice, je me suis sentie perdue, comme si l’intrigue principale se noyait dans des considérations secondaires qui prenaient de plus en plus de place.

L’un des éléments les plus problématiques, selon moi, est le rythme du roman. Après un début dynamique, l’histoire devient progressivement longue et lente, presque laborieuse. Le véritable point de rupture se situe aux alentours de la page 200, où l’on découvre déjà une grande partie des réponses : l’identité des responsables, leurs motivations, les mécanismes derrière les crimes. À partir de là, le suspense s’effondre complètement. Le reste du roman donne alors l’impression de tourner en rond, en répétant des éléments déjà compris, sans véritable montée en tension ni renouvellement de l’intérêt. Ce choix narratif enlève toute surprise et transforme la lecture en un parcours assez monotone, malgré la gravité des événements décrits.

Les personnages, qu’ils soient principaux ou secondaires, n’ont pas réussi à susciter mon intérêt. Je ne me suis attachée à aucun d’entre eux, et leurs trajectoires m’ont semblé fades, parfois même artificielles. Dans un thriller, où l’implication émotionnelle est essentielle pour maintenir l’attention du lecteur, ce manque d’attachement est particulièrement dommageable. J’avais l’impression de suivre des figures plus que de véritables individus, ce qui a encore accentué mon détachement vis-à-vis de l’histoire.

Par ailleurs, le roman insiste à plusieurs reprises sur des messages d’ordre moral et politique, notamment autour de la perception des forces de l’ordre ou de la dénonciation de certains stéréotypes. Sur le fond, ce sont des idées avec lesquelles je suis plutôt d’accord, mais leur répétition constante finit par alourdir le récit. À force de les voir revenir encore et encore, de manière parfois peu subtile, cela devient presque agaçant et casse le rythme de la narration. Au lieu de nourrir la réflexion, ces éléments donnent l’impression d’un discours appuyé, qui prend le pas sur l’histoire elle-même.

Cela dit, il faut reconnaître que le roman soulève malgré tout des questions intéressantes, notamment sur la notion de justice et ses limites. La moralité des actions des tueurs, en particulier, peut troubler et amener à s’interroger : jusqu’où peut-on comprendre, sans pour autant justifier ? Ce flou moral aurait pu être une véritable force du roman, mais il est, à mon sens, insuffisamment exploité pour compenser les longueurs et le manque de tension.

Au final, même si j’ai terminé ce livre en deux jours et demi, la lecture m’a paru longue et difficile, presque contraignante par moments. J’ai ressenti un véritable soulagement en arrivant à la dernière page, comme si je me libérais enfin d’un récit qui ne correspondait pas à mes attentes. La chasse est, pour moi, un roman qui partait d’une bonne idée et d’un début prometteur, mais qui s’est perdu en chemin, au point de devenir plus ennuyeux que captivant.


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