La faiseuse d’étoiles de Mélissa Da Costa

 Un récit accessible qui peine à susciter l’émotion.

⭐️⭐️

Découvrir une autrice largement mise en avant sans avoir d’attentes précises peut parfois réserver de bonnes surprises. Dans le cas de La Faiseuse d’étoiles, cette première rencontre avec l’univers de Mélissa Da Costa s’est faite sans a priori particulier, mais elle laisse au final une impression mitigée, voire décevante. Le roman se lit avec une grande facilité, presque trop, au point de pouvoir être parcouru en une seule session. Cette accessibilité, liée à une écriture simple et à une structure narrative fluide, constitue sans doute l’une de ses principales qualités. Pourtant, elle s’accompagne ici d’un manque de profondeur qui empêche le récit de produire l’impact émotionnel qu’il semble rechercher.

L’histoire suit Arthur, de son enfance jusqu’à l’âge adulte, retraçant ainsi un parcours marqué par un drame familial qui aurait pu constituer le cœur d’un récit profondément touchant. Le choix de couvrir une période aussi large — de l’âge de cinq ans jusqu’à la fin de la vingtaine — est ambitieux, car il implique de montrer l’évolution d’un personnage sur le long terme, ses transformations, ses blessures, et la manière dont il se construit malgré les épreuves. Cependant, cette ambition se heurte ici à une forme de simplification excessive. Les étapes de la vie d’Arthur s’enchaînent rapidement, sans toujours laisser le temps aux émotions de s’installer ou de se développer pleinement. Le lecteur assiste aux événements plus qu’il ne les ressent réellement.

L’une des principales difficultés du roman réside dans la construction du personnage d’Arthur lui-même. Dans les premières pages, il est encore possible de comprendre sa sensibilité et sa tristesse face aux événements qui bouleversent sa vie. Le cadre familial est d’ailleurs présenté de manière plutôt touchante, avec un père investi et une mère décrite comme douce, sensible, profondément attachée à la nature. Cette base aurait pu permettre de construire une relation émotionnelle forte entre le lecteur et le personnage principal. Pourtant, au fil du récit, Arthur devient de plus en plus difficile à suivre. Son comportement évolue vers une forme de rejet constant, notamment à l’égard de son père, sans que cette évolution soit suffisamment nuancée ou expliquée pour susciter une réelle compréhension.

Ce basculement est d’autant plus problématique qu’il semble s’installer sans véritable progression psychologique. Arthur apparaît souvent comme dur, injuste, voire cruel, notamment dans sa manière de traiter son père, qui tente pourtant de maintenir un équilibre familial après la disparition de sa femme. Cette dynamique crée un déséquilibre émotionnel dans le récit : là où l’on pourrait attendre une exploration des mécanismes du deuil, de la colère ou de l’incompréhension, le roman donne plutôt l’impression de présenter un comportement sans en approfondir les causes. Le lecteur se retrouve alors face à un personnage qui suscite davantage l’agacement que l’empathie.

Par ailleurs, certains choix d’écriture viennent renforcer cette distance. Le traitement de l’enfance d’Arthur, en particulier, pose question. Le langage qui lui est attribué lorsqu’il a cinq ans ne correspond pas toujours à celui d’un enfant de cet âge. Certaines réflexions, certains mots ou certaines formulations semblent appartenir à un registre bien plus mature, ce qui crée une rupture dans la crédibilité du personnage. Ce décalage peut sembler anodin, mais il contribue à fragiliser l’immersion, en donnant l’impression que la voix narrative ne s’adapte pas pleinement à l’âge du protagoniste.

En contraste, le personnage du père apparaît comme l’une des figures les plus marquantes du roman. Sa trajectoire, marquée par la perte, la solitude et la difficulté d’élever seul son enfant, est sans doute celle qui suscite le plus d’émotion. Il incarne une forme de résilience discrète, un effort constant pour maintenir un lien avec son fils malgré le rejet dont il est victime. Cette relation, pourtant centrale, devient rapidement source de frustration pour le lecteur, tant le déséquilibre entre les deux personnages est marqué. Là où le père tente de construire, Arthur semble s’enfermer dans une posture de refus, sans que le récit ne propose de véritable résolution à cette tension.

Au final, La Faiseuse d’étoiles donne l’impression d’un roman qui effleure des thèmes forts — le deuil, la famille, la reconstruction — sans jamais les explorer avec suffisamment de profondeur pour en tirer toute la portée émotionnelle. Sa lecture rapide et son écriture accessible peuvent séduire un certain public, mais elles laissent aussi un sentiment de manque, comme si le récit passait à côté de ce qu’il aurait pu être. L’émotion, qui devrait constituer le cœur du roman, reste en retrait, empêchée par une caractérisation inégale et une narration trop simplifiée.

Cette première rencontre avec l’œuvre de Mélissa Da Costa ne convainc donc qu’à moitié. Elle donne à voir un style fluide et une volonté de toucher le lecteur, mais elle souligne aussi les limites d’un récit qui, malgré son potentiel, ne parvient pas à s’imposer pleinement.

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